Royaume du Maroc

Maroc

(4) La politique linguistique
à l'égard des berbérophones

Remarque:  d'autres sites portant sur le Maroc nous ont copiés; nous les remercions pour cette reconnaissance, mais nous les prions d'actualiser leurs « citations », car entre-temps, contrairement à ces sites plagiats, le nôtre a évolué, il s'est actualisé et enrichi.

Plan de l'article

1 Rappels préliminaires sur la berbérophonie

2 Les dispositions constitutionnelles
2.1 Deux langues officielles à statut différent
2.2 Des intérêts partisans divergents

3 Les langues de la législature
3.1 Les langues de la législature
3.2 L'édition progressive des lois

4 L'amazigh devant les tribunaux
4.1 La langue de la procédure
4.2 Une avancée pour l'amazigh

5 L'administration publique
5.1 Les services aux citoyens
5.2 Les panneaux de signalisation et autres
5.3 La nationalité marocaine
5.4 Un état civil incomplet
5.5 La protection du consommateur

6 L'éducation amazighe
6.1 Une exception dans le système d'éducation
6.2 L'amazigh comme outil d'enseignement
6.3 L'enseignement limité de l'amazigh
6.4 La législation actuelle
6.5 Les freins à la généralisation de l'amazigh
6.6 Une reconnaissance officielle aux effets limités

7 Les médias berbérophones
7.1 La presse écrite
7.2 La radio
7.3 La télévision
7.4 Le cinéma berbère

1 Rappels préliminaires sur la berbérophonie

Si les arabophones parlent diverses variétés locales, selon les pays et même selon les régions, il en est ainsi pour les berbérophones. Linguistiquement, le mot berbère désigne une branche de langues appartenant à la famille afro-asiatique (appelée aussi ''chamito-sémitique''). On distingue notamment les langues sémitiques (comme l'arabe et l'hébreu) et les langues berbères (comme l'amazigh), lesquelles constituent les deux plus importants groupes linguistiques de la famille afro-asiatique après les langues tchadiques, couchitiques et omotiques.

En principe, le terme amazigh fait référence à une langue standardisée proposée par l'Institut royal de la culture amazighe (IRCAM), alors qu'au quotidien les berbérophones parlent le tarifit (rifain), le tamazight (amazigh), le tachelhit (chleuh), le zénaga, le chaoui ou le ghomari. Autrement dit, le terme amazigh désigne ce que l'on pourrait appeler le «berbère standardisé» ou «berbère académique». En ce cas, on ne fait pas de distinction entre le tarifit, le tamazight ou le tachelhit. En fait, l'arabe utilise تمازيغي, ce qui se traduit aussi bien par «amazigh» que par «tamazight». En français, le mot amazigh peut être un nom ou un adjectif: par exemple l'amazigh, les Amazighs, la langue amazighe, les revendications amazighes.

De plus, il ne faut pas oublier que les berbérophones sont présents dans une dizaine de pays couvrant près de cinq millions de kilomètres carrés et compte plus de 40 millions de locuteurs (voir la carte linguistique berbérophone). Forcément, les variétés berbères peuvent porter des appellations différentes. 

2 Les dispositions constitutionnelles

La Constitution de 2011 a apporté des dispositions particulières à l'égard de l'amazigh. D'abord dans le Préambule, en mentionnant ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassannya :

Préambule

[...] État musulman souverain, attaché à son unité nationale et à son intégrité territoriale, le royaume du Maroc entend préserver, dans sa plénitude et sa diversité, son identité nationale une et indivisible. Son unité, forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassannya, s'est nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen. [...]

2.1 Deux langues officielles à statut différent

Mais c'est l'article 5 de la Constitution qui, pour un État arabe, peut surprendre le plus en instaurant une autre langue officielle, l'amazigh:

Article 5

1) L’arabe demeure la langue officielle de l'État. L'État œuvre à la protection et au développement de la langue arabe, ainsi qu’à la promotion de son utilisation. De même, l’amazigh constitue une langue officielle de l'État, en tant que patrimoine commun à tous les Marocains sans exception.

Toutefois, il faut constater que l'amazigh n'est pas officiel au même titre que l'arabe, puisqu'une hiérarchie est prévue entre les deux langues. En effet, «l'arabe demeure LA langue officielle de l'État», alors que l'amazigh «constitue aussi UNE langue officielle de l'État en tant que patrimoine commun à tous les Marocains». Pour en arriver à l'égalité des deux langues, du moins sur papier, il aurait fallu trouver dans le texte une formulation du genre: «L'arabe et l'amazigh sont les langues officielles de l'État.»

Article 5

2) Une loi organique définit le processus de mise en œuvre du caractère officiel de cette langue, ainsi que les modalités de son intégration dans l’enseignement et aux domaines prioritaires de la vie publique, et ce afin de lui permettre de remplir à terme sa fonction de langue officielle.

Le texte prévoit qu'une loi organique devait encadrer et définir le processus de mise en œuvre du caractère officiel de l’amazigh, ainsi que «des modalités de son intégration dans l’enseignement et aux domaines prioritaires de la vie publique», et ce, afin «de lui permettre de remplir à terme sa fonction de langue officielle». Mais cette décision historique est demeurée en attente de report en report pour être adoptée en 2019, huit ans plus tard. Il restait aussi de mettre la législation en application, ce qui est prévue dans sa phase finale pour 2030, sinon plus tard.

L'article 5 de la Constitution prévoit aussi la création d'un Conseil national des langues et de la culture marocaine, chargé notamment de la protection et du développement des langues arabe et amazighe et des diverses expressions culturelles marocaines:

Article 5

4) Il est créé un conseil national des langues et de la culture marocaine, chargé notamment de la protection et du développement des langues arabe et amazighe et des diverses expressions culturelles marocaines, qui constituent un patrimoine authentique et une source d’inspiration contemporaine. Il regroupe l’ensemble des institutions concernées par ces domaines. Une loi organique en détermine les attributions, la composition et les modalités de fonctionnement.

Pour ce qui est du Conseil national des langues, il n'a vu le jour que le 30 mars 2020, soit neuf ans plus tard.

2.2 Des intérêts partisans divergents

Il faut comprendre que le processus et les modalités de mise en œuvre ne sont pas perçus de la même façon par les différents acteurs du mouvement amazigh, ainsi que les composantes de la société civile, les partis politiques et les décideurs qui détiennent les rênes du «pouvoir discrétionnaire» dans le domaine de la politique linguistique au Maroc. Il existe un discours traditionnaliste arabo-islamiste, mené par le Parti de l’Istiqlal qui fut un fervent défenseur de la politique d’arabisation. Pour les tenants de cette idéologie, il faudrait toujours accorder la préséance ou plutôt la dominance de l'arabe, une langue sacrée, sur l'amazigh, une langue vernaculaire, afin d'éviter les fractures identitaires tout en permettant la diversité culturelle. La reconnaissance officielle à valeur symbolique dans la Constitution de 2011 satisfait pleinement les partisans de ce courant de pensée. Évidemment, aucun partisan de l'arabisation ne va préconiser l'arabe marocain, une langue tout aussi vernaculaire que l'amazigh.

On compte aussi un discours technocrate moderniste favorable au maintien de la langue française. La situation présente satisfait amplement les tenants de ce système de bilinguisme administratif. Il existe aussi une variante de ce courant qui vise l'atteinte d’un «équilibre linguistique» dans le cadre d’un partage du territoire entre la langue arabe et la langue française.

Enfin, les milieux nationalistes berbères proposent une approche égalitaire bilingue entre l'arabe et l'amazigh. Ce sera certainement plus difficile à atteindre. D'un côté, la langue  arabe est associée à la religion, à la culture, à l’éducation et aux mouvements de libération, donc au prestige social; de l'autre, la langue amazighe est synonyme de dévalorisation et de dénigrement sociale. Il sera difficile de revaloriser les langues berbères que leurs propres locuteurs ont été habitués à les considérer comme inférieures et qu’ils évitent souvent d’utiliser.

3 Les langues de la législature

Le Parlement marocain est bicaméral et il est composé de la Chambre des représentants et de la Chambre des conseillers. La Chambre des représentants compte 395 membres élus pour un mandat de cinq ans au suffrage universel direct, selon un scrutin proportionnel plurinominal. Elle détient le pouvoir législatif principal et peut accorder ou retirer la confiance au gouvernement. Les membres participent à l’élaboration des lois, notamment à travers des commissions permanentes spécialisées (finances, énergie, etc.), qui examinent les projets de loi et évaluent les politiques publiques.

Quant à la Chambre des conseillers, elle comprend 120 membres élus pour un mandat de six ans au suffrage indirect. Les électeurs de la Chambre des conseillers sont des collèges représentant les collectivités territoriales, les chambres professionnelles et les salariés. Cette chambre représente les intérêts territoriaux, économiques et sociaux et participe à l’élaboration des lois, notamment celles relatives aux collectivités locales et aux questions socio-économiques.

3.1 L'admission de l'amazigh

L'amazigh est admis au Parlement marocain, car depuis le 8 avril 2022 la Chambre des représentants a introduit un système de traduction simultanée en arabe et en amazigh lors des séances plénières consacrées aux questions orales, ce qui permet ainsi son usage progressif au sein de l'institution législative; la Chambre des représentants assure l’interprétation vers la langue amazighe dans ses trois variantes les plus employées: le tachelhit, le tamazight et le tarifit. Il s'agit des séances de questions orales hebdomadaires et mensuelles adressées au chef du gouvernement (premier ministre), mais les travaux parlementaires sont diffusés sur les chaînes de radio et télévision publiques avec un accompagnement en amazigh. L'objectif est de faciliter l'intégration institutionnelle de la langue et répondre aux dispositions de la Loi organique n° 26-16 sur la langue amazighe (2019). Voici les articles de la loi concernant la langue amazighe à ce sujet:

Article 9

La langue amazighe est utilisée, à côté de la langue arabe, dans le cadre des travaux des séances publiques du Parlement et de ses organismes. Il faut prévoir, en cas de nécessité, une traduction simultanée de ces travaux à partir et vers la langue amazighe.

Les modalités d’application des dispositions de l’alinéa précédent sont fixées dans les règlements intérieurs des deux Chambres du Parlement.

Article 10

Les séances des deux Chambres du Parlement sont transmises en direct sur les chaînes de télévision et de radio publiques amazighes accompagnées de la traduction simultanée de leurs travaux vers la langue amazighe.

Une édition du Bulletin officiel du Parlement est publiée en langue amazighe.

Article 11

L’administration œuvre, de manière progressive, à la publication des textes législatifs et réglementaires à caractère général au Bulletin officiel en langue amazighe.

Sont également publiés en langue amazighe les actes réglementaires, les décisions et les délibérations des collectivités territoriales au Bulletin officiel consacré auxdites collectivités.

3.2 L'édition progressive des lois

Toutefois, les lois ne sont pas encore formellement traduites et éditées en langue amazighe de manière systématique dans les textes législatifs, mais la loi prévoit l'édition progressive d'une version en langue amazighe du Bulletin officiel et des documents du Parlement. Des initiatives et des rencontres institutionnelles se poursuivent pour planifier la traduction à plus grande échelle des textes législatifs et réglementaires d'ici les prochaines échéances fixées par l'État (à l'horizon 2034).

4 L'amazigh devant les tribunaux

Le système judiciaire du Maroc s'articule autour de la Constitution et comprend une organisation hiérarchisée de juridictions de première instance, de second degré, et spécialisées, garantissant l'indépendance de la justice par rapport au Conseil supérieur du pouvoir judiciaire. Les tribunaux de première instance constituent la juridiction de base réparties dans le pays, compétentes pour les affaires civiles, pénales, immobilières et familiales. Les cours d'appel (au nombre de 21) examinent les recours en appel des décisions rendues en première instance.

4.1 La langue de la procédure

L'article 14 de la Loi n° 38.15 sur l'organisation judiciaire (2022) énonce que l'arabe est la langue officielle de la procédure «tout en activant le statut officiel de la langue amazighe», mais «les documents et pièces soumis au tribunal doivent être rédigés en arabe»:

Article 14

L'arabe est la langue officielle de la procédure, des plaidoiries et de la rédaction des jugements devant les tribunaux tout en activant le statut officiel de la langue amazighe, conformément aux dispositions de l'article 30 de la Loi organique n° 26-16 sur la langue amazighe.

Les documents et pièces soumis
au tribunal doivent être rédigés en arabe. S'ils sont présentés dans une langue étrangère, le tribunal peut, de sa propre initiative ou à la demande des parties ou de la défense, exiger qu'une traduction certifiée par un traducteur assermenté soit fournie.

Le tribunal, les parties au litige ou les témoins peuvent également recourir à un traducteur assermenté désigné par le tribunal ou charger une personne
de la  traduction après qu’elle ait  prêté serment  devant  le  tribunal.

Il est donc possible d'utiliser l'amazigh (ou n'importe quelle autre de ses variétés), mais il faut alors une traduction en arabe destinée au juge et au personnel judiciaire. Dans ce cas, le berbère (ou ses variétés) demeure une langue traduite, ce qui nuit aux berbérophones qui devraient avoir les mêmes droits à une défense équitable que les autres citoyens marocains arabophones. Le français peut être utilisé pour les étrangers (accusés ou témoins). Quoi qu'il en soit, le juge doit toujours formuler sa sentence en arabe standard.

4.2 Une avancée pour l'amazigh

Mais la Loi organique n° 26-16 sur la langue amazighe (2019) va plus loin en autorisant le prononcé de la sentence ou du jugement en amazigh:

Article 30

L’État garantit aux justiciables et aux témoins s’exprimant en la langue amazighe le droit d’utiliser et de communiquer en la langue amazighe durant les procédures d’enquête et d’investigation, y compris lors de l’interrogatoire auprès du ministère public, durant les procédures d’instruction et les audiences au sein des juridictions, y compris les enquêtes et instructions complémentaires et les plaidoiries ainsi que lors des diverses procédures de notification, de recours et d’exécution.

L’État assure, à cet effet, un service de traduction à titre gratuit pour les justiciables et les témoins.

Les justiciables ont le droit, à leur demande, d’entendre le prononcé des jugements en langue amazighe.

À cet effet, l’État œuvre à la qualification des magistrats et des fonctionnaires des juridictions concernés aux fins d’utilisation de la langue amazighe.

Pour le moment, l'emploi de l'amazigh est possible et est en cours d'intégration progressive dans les tribunaux du Maroc, grâce à son statut de langue officielle et aux accords conclus avec l'Institut royal de la culture amazighe. En conséquence, l'amazigh apparaît aux côtés de l'arabe sur les panneaux des tribunaux, et son usage s'étend progressivement aux registres et aux dossiers administratifs. De son côté, le ministère de la Justice embauche des réceptionnistes, des centres d'appel et des assistants sociaux parlant l'amazigh pour orienter et écouter les justiciables. Enfin, des efforts sont faits pour assurer la communication orale avec les citoyens qui ne maîtrisent que l'amazigh lors des démarches et des audiences.

5 L'administration publique

Au Maroc, les services linguistiques aux citoyens s'articulent autour de l'officialisation de l'arabe et de l'amazigh, ainsi que de l'usage administratif du français. Les pouvoirs publics déploient des plans d'inclusion pour garantir l'accès aux services publics dans les deux langues officielles.

Il existe des services en langue amazighe au Maroc, car depuis l'officialisation de l'amazigh dans la Constitution de 2011 et l'adoption de la Loi organique n° 26-16 sur la langue amazighe (2019), le pays emploie des efforts progressifs pour intégrer cette langue dans l'administration publique, les institutions et les services aux citoyens. Pour ce faire, des centaines d'agents berbérophones sont embauchés dans plusieurs administrations locales, des ministères et des services de santé pour orienter le public dans les trois principales variantes, le tachelhit, le tarifit et le tamazight.

5.1 Les services aux citoyens

Les articles 21 à 23 de la Loi organique n° 26-16 sur la langue amazighe (2019) précisent certaines applications à venir dans l'administration:

Article 21

Sont insérés en langue amazighe, à côté de la langue arabe, les mentions portées sur les documents officiels suivants :

• la carte nationale d’identité ;
• l’acte de mariage ;
• le passeport ;
• les permis de conduire quel que soit leur type ;
• les cartes de séjour pour les étrangers résidents au Maroc ;
• les différentes cartes personnelles et les attestations délivrées par l’administration.

Article 22

Sont insérés en langue amazighe, à côté de la langue arabe, les mentions portées sur les pièces de monnaie et billets de banque, les timbres postaux et les sceaux des administrations publiques.

Article 23

Les autorités gouvernementales, les établissements publics, les collectivités territoriales et les différents services publics veillent à fournir les documents suivants en langues arabe et amazighe:

• les imprimés officiels et les formulaires destinés au public ;
• les documents et les attestations dressés ou délivrés par les officiers de l’état civil ;
• les documents et les attestations dressés ou délivrés par les ambassades et les consulats du Maroc.

Il faut toujours se souvenir que tout cela se fera de façon progressive jusqu'après 2030, ce qui signifie que beaucoup de mentions linguistiques sont en devenir. L’ouverture du «service client» en partenariat avec la firme française ''MyOpla'' s’inscrit dans une politique délibérée du gouvernement marocain pour promouvoir la langue amazighe.

Il en est ainsi pour les articles 24, 25 et 26 dans la Loi organique n° 26-16 sur la langue amazighe (2019) :
 

Article 24

Les administrations, les établissements publics, les collectivités territoriales et les différents services publics s’engagent à se doter de structures d’accueil et de renseignement en langue amazighe, de même que d’un service en langue amazighe au sein des centres d’appel en relevant.

Article 25

Les administrations de l’État, les établissements publics, les collectivités territoriales et les différents services publics œuvrent à la qualification de leurs fonctionnaires concernés afin de leur permettre de communiquer en langue amazighe avec les citoyens s’exprimant en cette langue et de l’utiliser dans la prestation des services publics.

Article 26

La langue amazighe est intégrée, à côté de la langue arabe, dans les sites électroniques d’information des administrations, des établissements publics, des collectivités territoriales et des autres services publics.

Juste en 2023, le Maroc prévoyait un budget de 300 millions de dirhams (environ 28 millions d’euros) pour promouvoir l’emploi de l'amazigh.

5.2 Les panneaux de signalisation et autres

Au Maroc, les panneaux de signalisation sont intégrés progressivement en langue amazighe en recourant à l'alphabet tifinagh. Cette démarche vise à concrétiser l'officialisation de la langue dans la Constitution marocaine de 2011. Des villes comme Agadir, Taroudant ou Taghazout ont déjà adopté ces panneaux combinant l'arabe et le tifinagh. La figure ci-contre en esrt une illustration à Agadir.

Quant au réseau autoroutier, la Société nationale des autoroutes du Maroc (ou Autoroutes du Maroc = ADM) prévoit une nouvelle génération de panneaux intégrant les alphabets arabe et tifinagh, mais beaucoup de travail reste encore à faire. En 2025, le réseau autoroutier développé et exploité par ADM s’étendait sur environ 1800 kilomètres, ce qui en fait le deuxième plus grand réseau autoroutier d’Afrique.

Les articles 27 à 29 de la Loi organique n° 26-16 sur la langue amazighe sont très clairs sur ces questions:

Article 27

La langue amazighe est utilisée, à côté de la langue arabe, dans :

les plaques et les panneaux de signalisation apposés sur les façades et à l’intérieur des sièges des administrations, des services publics, des établissements et des entreprises publics, des conseils et institutions constitutionnels et des conseils et instances élus ;

les plaques et les panneaux de signalisation apposés sur les façades et à l’intérieur des sièges des ambassades et consulats du Maroc à l’étranger ainsi que des services et administrations en relevant ;

• les plaques et les panneaux de signalisation installés sur les routes, les gares routières, les aéroports, les ports et les espaces publics.

Article 28

Est écrite en langue amazighe, à côté de la langue arabe, la signalisation concernant les différents moyens de transport fournissant des prestations publiques ou relevant de services publics, notamment :

• les voitures et les véhicules utilisés par les services publics, notamment ceux chargés de la sûreté nationale, de la gendarmerie royale, de la protection civile et des  forces auxiliaires et par les ambulances ;

les voitures et véhicules divers consacrés à des prestations publiques ou autorisés à cet effet ;

les aéronefs et les navires immatriculés au Maroc ainsi que les trains.

Article 29

Des audio-services sont assurés en langue amazighe, à côté de la langue arabe, pour informer et orienter les citoyens dans les services publics.

La langue amazighe est utilisée, à côté de la langue arabe, dans les campagnes de sensibilisation et de communication menées par l’administration publique et destinées aux citoyens à travers les divers médias et supports, notamment audiovisuels.

Le problème, c'est de gérer le multilinguisme, car afficher trois langues distinctes sur un même panneau pose des défis indéniables de lisibilité pour les automobilistes.

Les autorités locales optent généralement pour des panneaux bilingues : un panneau associant l'arabe et l'amazigh (tifinagh). Les caractères latins y sont parfois retirés pour des raisons d'espace. Pour les panneaux trilingues, il faut associer l'arabe (généralement en haut), l'amazigh (au milieu), et le français (caractères latins en bas).

La figure de gauche illustre ce que pourraient être les futurs panneaux indicateurs au Maroc lorsqu'ils seront tous trilingues ou bilingues avec l'arabe et l'amazigh (p. ex., le stop). Pour le moment, la plupart sont encore en arabe et en français (Meknès et Rabat, Aéroport Taza-Sefrou).  

En vertu de la loi organique de 2019, les cartes d'identité, les passeports, les permis de conduire, les cartes de séjour ainsi que d'autres documents personnes délivrés par les administrations publiques doivent être rédigés en amazigh, en plus de l'arabe. Les billets de banque et les timbres postaux aussi. Mais tout est à faire!

Sur demande, les citoyens peuvent ou pourront aussi obtenir l'émission en amazigh des documents de l'état civil, ou encore les documents émis par les ambassades et les consulats du pays à l'étranger. En 2025, le gouvernement marocain a alloué un budget de près de 1 milliard de dirhams (92 millions d'euros) pour la promotion de la langue amazighe, contre 300 millions en 2024, finançant des initiatives comme l’installation de 3000 panneaux bilingues et le recrutement de 1684 agents amazighophones dans les administrations locales. Le budget annuel de l'État en 20206 était de 761,3 milliards de dirhams (env. 70 milliards d'euros). La Banque Al-Maghrib a également émis un billet de 20 dirhams (1,85 euro) avec des inscriptions en tifinagh, marquant en cela une étape symbolique.

5.3 La nationalité marocaine

Lorsqu'on lit l'article 45 du Code de la nationalité marocaine (2024), seule la connaissance de la langue arabe est exigée (il en est ainsi aux articles 9 et 11):

Article 45

Dispositions exceptionnelles :

Sauf opposition du ministre de la Justice conformément aux articles 26 et 27 ci-dessus, toute personne originaire d'un pays dont la fraction majoritaire de la population est constituée par une communauté ayant pour langue l'arabe ou pour religion l'islam, et qui appartient à cette communauté, peut, dans le délai d'un an à compter de la date de publication du présent Code, déclarer opter pour la nationalité marocaine si elle réunit les conditions ci-après :

a) avoir son domicile et sa résidence au Maroc à la date de publication du présent Code ;

b) justifier en outre :

- soit d'une résidence habituelle au Maroc, depuis quinze ans au moins ;
- soit de l'exercice pendant dix ans au moins d'une fonction publique dans l'Administration marocaine ;
- soit, à la fois, d'un mariage, non dissous, avec une Marocaine et d'une résidence au Maroc d'au moins un an.

Toutefois, la connaissance de l’amazigh serait devenue une condition pour accéder à la nationalité marocaine. Or, en janvier 2023, la Commission de la justice, de la législation et des droits de l’Homme à la Chambre des représentants a approuvé l’ajout de la connaissance suffisante de la langue amazighe comme condition d’octroi de la nationalité marocaine pour les étrangers, en plus de la langue arabe. La disposition concerne une connaissance suffisante de la langue arabe, mais selon l'amendement approuvé par la Commission de la justice, de la législation et des droits de l’Homme à la Chambre des représentants après son approbation par le gouvernement, la cinquième condition exige «une connaissance suffisante de l’arabe et de l’amazigh ou de l’une des deux langues».

Plus précisément, la connaissance de l'amazighe n'est pas une condition exclusive, car le requérant de la naturalisation peut maîtriser soit l'arabe, soit l'amazigh, ou les deux. Par conséquent, une connaissance adéquate de la langue arabe ou de la langue amazighe suffit pour satisfaire l'exigence linguistique de la naturalisation. Cette règle modifie les critères antérieurs qui ne mentionnaient que la langue arabe. Il reste à aligner le Code de la nationalité avec la Constitution marocaine. Cependant, l'exigence linguistique linguistique s'applique aux procédures de naturalisation par décision de l'administration; elle ne concerne pas l'attribution de la nationalité par filiation (droit du sang), où la maîtrise d'une de ces langues n'est pas requise.

5.4 Un état civil incomplet

L'état civil au Maroc est régi par la loi n° 37-99 sur l'état civil, adoptée par la Chambre des représentants et la Chambre des conseillers du royaume. Cette loi a été promulguée par le dahir no 1-02-239 du 3 octobre 2002 et mise en application par le décret n° 2-99-665 du 9 octobre 2002. Les textes de base de l'état civil sont entrés en vigueur par le Bulletin officiel n° 5054 du 7 novembre 2002.

Le Décret d'application sur la loi n° 37-99 relative à l'état civil (2022) impose aux articles 16 et 36 la langue arabe avec mention en caractères latins des nom et prénom de l'intéressé:

Article 16

Les actes de naissance ou de décès seront établis sur les registres de l'état civil du lieu de la naissance ou du décès dès leur déclaration. L'inscription se fera en langue arabe avec mention en caractères latins des nom et prénom de l'intéressé.

Article 36

Les copies d'actes de l'état civil sont, soit intégrales, soit extraites.

La copie intégrale comporte toutes les mentions de l'acte de l'état civil y compris les mentions marginales.

L'extrait d'acte de naissance et de décès, dont le modèle est joint au présent décret, comprend :

- le numéro de l'acte et l'année de son enregistrement;
- le prénom et le nom de l'intéressé;
- la date du fait selon les calendriers de l'hégire et grégorien, son lieu, le sexe du nouveau-né ou de la personne décédée et sa nationalité s'il s'agit d'étranger;
- les prénoms et noms des parents; 
- la date et le lieu de naissance de la personne décédée ainsi que son adresse et sa profession lorsqu'il s'agit d'extrait d'acte de décès;
- la mention de décès sur l'extrait d'acte de naissance si le titulaire de ce dernier est décédé;
- la date de délivrance de la copie;
- les nom, qualité et signature de l'officier de l'état civil ;

Toutes les mentions seront dressées en langue arabe et en caractères latins.

Les articles 1/9 et 44 de la Loi n° 36.21 sur l'état civil (2025) mentionnent encore la langue arabe, mais avec les alphabets arabe, tifinagh et latin:  

Article 19

L’acte de mariage peut être obtenu auprès d'un bureau d’état civil en enregistrant les faits d’état civil tels que les naissances, les décès, les mariages et les dissolutions de mariage.

Il peut également être obtenu en ligne, via le système d’information prévu à cet effet, au Maroc comme à l’étranger. L’utilisateur peut effectuer la déclaration initiale des faits susmentionnés par voie numérique. Si des circonstances exceptionnelles empêchent la délivrance électronique de l’acte, l’officier d’état civil établit un rapport à ce sujet, qui est joint aux pièces justificatives de la déclaration dans le système d’information.
L’enregistrement électronique de l’acte permet la délivrance d’actes d’état civil en arabe, mentionnant le nom et le prénom du titulaire.

Article 44

Un registre familial électronique est créé dans le système numérique. I
l est rédigé en langue arabe avec l'écriture des noms personnels et des noms de famille de la personne concernée par l’acte en lettres tifinagh et en lettres latines, ainsi qu’avec les lettres arabes. Une copie de ce livret extraite à travers le système d'information est délivrée aux couples conjoints marocains enregistrés à l’état civil et au représentant légal.

Évidemment, l'intégration de la langue amazighe dans l'état civil a connu des avancées importantes, notamment depuis la Constitution de 2011 qui l'a officialisée. Toutefois, des résistances persistent sur le terrain concernant le choix des prénoms ou la transcription en alphabet tifinagh. Au Maroc, le refus par certains agents de l'état civil d'enregistrer des nouveau-nés portant des prénoms amazighs a longtemps suscité des tensions récurrentes entre les associations culturelles et l'administration. Les fonctionnaires opposaient parfois un refus en invoquant que ces prénoms n'étaient pas «marocains» et qu'il fallait une consonance arabe ou reconnue par l'administration. En dépit des circulaires ministérielles demandant la tolérance et l'acceptation de ces prénoms, des cas d'interdiction ponctuelle ont continué d'être signalés par des familles au fil des ans. De son côté, le ministère de l'Intérieur a régulièrement démenti l'existence d'une consigne discriminatoire et attribuait ces retards à des pièces manquantes ou à un besoin de consultation interne.

Les nouvelles dispositions relatives à l'état civil encadrent plus strictement le travail des agents locaux, leur interdisant de rejeter de manière définitive un choix de prénom de leur propre initiative sans passer par une commission supérieure. Des projets de modernisation prévoient l'introduction progressive de l'alphabet tifinagh sur les registres et actes d'état civil (naissances, mariages), bien que la mise en œuvre complète varie selon l'administration locale. Des difficultés et des résistances persistent dans le choix des prénoms en dépit des directives officielles interdisant toute restriction. Mais des familles berbérophones signalent encore des refus de la part d'agents de l'état civil pour l'enregistrement de prénoms d'origine amazighe, sous prétexte qu'ils ne seraient pas assez «marocains», donc arabes. Bien que les autorités centrales démentent régulièrement l'existence d'interdictions officielles, des associations locales dénoncent un conservatisme persistant chez certains fonctionnaires.

Il existe au Maroc un «livret de famille»; c'est un document officiel consistant en un recueil d'extraits d'actes d'état civil relatifs à une famille. Le prénom déclaré doit précéder le nom de famille lors de l’inscription sur le Registre de l’état civil et ne doit comporter aucun sobriquet ou titre tel que «Moulay», «Sidi» ou «Lalla».

Évidemment, les associations culturelles berbères ont vivement protesté contre la législation et ont dénoncé l'injustice flagrante imposée à la culture berbère, car la loi force les berbérophones à n'utiliser que des prénoms arabes approuvés par le gouvernement marocain. C'est pourquoi l'Institut royal de la culture amazighe (IRCAM) a publié Le petit livre des prénoms amazighes: c'est une liste de près de 440 prénoms amazighes destinée à accompagner les parents dans l'attribution du nom de leurs enfants. De nombreux berbérophones demandent l’annulation immédiate des directives du ministère de l’Intérieur établissant une liste des prénoms acceptables par les services municipaux privant ainsi les Berbères de donner à leurs enfants des prénoms amazighs (berbères) et qui ne figurent, bien entendu, pas dans la liste du ministère de l’Intérieur qui suggère des prénoms arabo-musulmans.

Pour plusieurs, il s'agit là d'un acte discriminatoire constituant une violation à la Déclaration des droits de l’Homme dont le Royaume du Maroc est signataire aux côtés de l’Union européenne, qui lui a accordé en contrepartie «un statut avancé» le 13 octobre 2008 (que Rabat réclamait depuis 2004). L'un des résultats est un renforcement des relations entre le royaume chérifien et les 27 pays membres de l'Union européenne: au plan politique, ce «statut avancé» prévoit l'organisation de sommets réguliers UE-Maroc et la participation du Maroc aux opérations européennes de gestion de crise.

5.5 La protection du consommateur

En 2013, le Décret n°2-12-503 pris pour l’application de certaines dispositions de la loi n°31-08 édictant des mesures de protection du consommateur imposait au moins en arabe les modes d'emploi et les manuel d'instruction que le fournisseur devait donner au consommateur:

Article 23

Le mode d'emploi et le manuel d'utilisation que le fournisseur doit donner au consommateur conformément aux dispositions de l'article 3 de la loi n° 31-08 précitée, doivent être rédigés au moins en langue arabe.

Ces documents doivent mentionner les conditions et les précautions d'utilisation de manière claire, précise et lisible et comporter, le cas échéant, toutes autres mentions utiles à la bonne utilisation du bien ou du produit ainsi que la mention des risques éventuels encourus en cas de mauvaise utilisation.

Ils doivent être compréhensibles et peuvent être illustrés par des dessins, des photos, des pictogrammes ou des schémas facilitant leur lecture.

Article 27

Les mentions obligatoires figurant sur les étiquettes telles que fixées conformément à l'article 26 ci-dessus doivent être rédigées en langue arabe et éventuellement dans une ou plusieurs langues étrangères de manière visible, lisible et indélébile.

L'étiquette doit être  apposée dans un endroit apparent sur le bien ou produit, ou sur l'emballage de celui-ci de manière à être vue par la consommateur.

Les dimensions des mentions port.es sur l'étiquette doivent permettre au consommateur de prendre connaissance facilement des informations qu'elle contient.

La protection du consommateur au Maroc, régie par la Loi n° 31-08 sur la protection du consommateur (2024), s'applique à tous les citoyens résidant au pays en principe sans distinction de langue, ce qui devrait protéger ainsi les berbérophones au même titre que les autres usagers, bien que l'information en langue amazighe ne soit pas systématiquement imposée de la même manière que l'arabe dans les textes commerciaux de base.
 

Article 3

Tout fournisseur doit mettre, par tout moyen approprié, le consommateur
en mesure de connaître les caractéristiques essentielles du produit, du bien ou du service ainsi que l’origine du produit, ou du bien et la date de péremption, le cas échéant, et lui fournir les renseignements susceptibles de lui permettre de faire un choix rationnel compte tenu de ses besoins et de ses moyens.

À cet effet, tout fournisseur doit notamment
par voie de marquage, d’étiquetage, d’affichage ou par tout autre procédé approprié, informer le consommateur sur les prix des produits et biens et tarifs des services, et lui fournir le mode d’emploi et le manuel d’utilisation, la durée de garantie et ses conditions ainsi que les conditions particulières de la vente ou de la réalisation de la prestation et, le cas échéant, les limitations éventuelles de la responsabilité contractuelle. Les modalités de l’information son fixées par voie réglementaire.

Article 4

Le fournisseur est tenu de délivrer une facture, quittance, ticket de caisse ou tout autre document en tenant lieu à tout consommateur ayant effectué une opération d’achat, et ce, conformément aux dispositions fiscales en vigueur.

Les mentions que les factures, quittances, tickets et documents précités doivent contenir, sont fixées par voie réglementaire.

Article 55

Toute publicité relative à une opération de soldes mentionne la date de début de l’opération, sa durée et la nature des biens ou produits sur lesquels porte l’opération, si celle-ci ne concerne pas la totalité des biens ou produits du fournisseur.

Dans toute publicité, enseigne, dénomination sociale ou nom commercial,
l’emploi du mot solde (s), de ses équivalents dans d’autres langues ou de ses dérivés est interdit pour désigner toute activité, dénomination sociale ou nom commercial, enseigne ou qualité qui ne se rapporte pas à une opération de soldes telle que définie à l’article 48.

Article 206

Tout contrat conclu dans une langue étrangère doit être obligatoirement accompagné d’une traduction en arabe.

En matière d'étiquetage, l'article 3 précise qu'un fournisseur doit mettre, par un  moyen approprié, le consommateur en mesure de connaître les caractéristiques essentielles du produit et de lui fournir les renseignements susceptibles de lui permettre de faire un choix rationnel, ce qui suppose que ce soit rédigé dans la langue du consommateur. Un vendeur qui omet ces mentions s'expose à des sanctions et engage sa responsabilité en cas de préjudice subi par le consommateur.

Les informations essentielles destinées au consommateur doivent obligatoirement figurer en langue arabe pour assurer une compréhension à tout le monde (?). Selon les dispositions de la loi, tout contrat rédigé dans une autre langue que l'arabe doit obligatoirement être assorti d'une traduction officielle en arabe. Cependant, un affichage bilingue (arabe-français) reste très fréquent sur le marché pour s'adapter aux usagers, mais l'arabe demeure l'exigence juridique fondamentale.

Le principe général est que les mentions obligatoires doivent être rédigées, pour le consommateur marocain, «au moins en langue arabe». Dans la pratique, un étiquetage bilingue arabe-français est très largement utilisé, car il facilite la distribution et la communication avec la clientèle marocaine francophone. Pour les produits alimentaires et les produits destinés à des publics plus vulnérables ou plus particuliers (médicaments, cosmétiques, produits pour enfants), la présence de la langue arabe est généralement considérée comme incontournable. Pour les produits très techniques destinés à des professionnels, une documentation en français ou en anglais peut être acceptée dans certains cas.

Au final, en l'absence d’étiquetage en arabe, deux solutions existent généralement : soit une étiquette d’origine bilingue apposée dès l’usine de production (la plus sécurisée), soit un surétiquetage réalisé sur le territoire marocain, sous contrôle, pour ajouter les mentions manquantes (autorisé sous certaines conditions et avec l’accord des autorités compétentes). Les obligations d'information claire incombent aux fournisseurs, mais les litiges liés à la barrière de la langue reposent généralement sur le droit commun de la preuve et de la fraude.

6  L'éducation amazighe

En 1995, grâce à l’aide de la Banque mondiale, le gouvernement marocain avait formé une commission pour travailler à la réforme de l'ensemble du système d'éducation et envisager la possibilité d’enseigner l'amazigh dans les établissements d'enseignement. Mais la commission n’a jamais fait appel à des spécialistes berbérophones; elle a même recommandé le maintien de l'arabisation totale de l'enseignement.

6.1 Une exception dans le système d'éducation

Tel qu'il est présenté et pratiqué, l'enseignement de l'amazigh demeure une exception dans le système d'éducation marocain. C'est ce qui explique que, jusqu'à récemment, l’enseignement du berbère demeurait interdit. Par ailleurs, nombreux étaient les Marocains, tant arabophones que berbérophones, qui affirmaient que, quoi qu'il en soit, il y avait pénurie d'enseignants qualifiés pour cet enseignement et qu’il n’existait pas de matériel pédagogique en berbère.

Puis il y a eu en 1999 l'adoption de la Charte nationale d'éducation et de formation (CNEF). L'article 115 de cette loi autorisait l'enseignement de l'amazigh:

Article 115

Ouverture sur le tamazight

Les autorités pédagogiques régionales pourront, dans le cadre de la proportion curriculaire laissée à leur initiative, choisir l’utilisation de la langue amazigh ou tout dialecte local dans le but d
e faciliter l’apprentissage de la langue officielle au préscolaire et au premier cycle de l’école primaire.

Les autorités nationales d’éducation-formation mettront progressivement et autant que faire se peut, à la disposition des régions l'appui nécessaire en éducateurs, enseignants et supports didactiques.

Il faut d'abord remarquer le titre de l'article 115: Ouverture sur le tamazight. En posant le problème en terme d'ouverture, le législateur considère par le fait même que l'amazigh constitue une exception dans le système; il y a aussi une attitude de condescendance dans ce mot d'ouverture, comme s'il s'agissait d'un geste paternaliste de rapprochement à l'égard des indigènes berbères.

Retenons aussi le libellé de cet article : les autorités pédagogiques peuvent prendre l'initiative d'utiliser la langue amazighe ou tout «dialecte local» dans le but de faciliter l’apprentissage de la langue officielle, donc l'arabe, au préscolaire et au premier cycle de l’école primaire. Au moment de la rédaction de la Charte (CNEF), le législateur avait l'impression de faire preuve d'une «concession» jugée considérable. Non seulement la loi n'affirme pas que l'amazigh serait enseigné, mais qu'il doit servir avant tout à faciliter l'apprentissage de la langue arabe. Autrement dit, c'est comme de poursuivre «l'arabisation en amazigh».

De plus, cet enseignement serait limité aux classes du premier cycle de l’école primaire. Cette introduction de l'amazigh dans le système d'éducation ne peut être perçue comme une reconnaissance de la langue minoritaire. Si c'était le cas, l'enseignement de l'amazigh s'appliquerait à l'ensemble des niveaux scolaires.

6.2 L'amazigh comme outil d'enseignement

À partir de 2003, les autorités pédagogiques régionales pouvaient, «si besoin est», prévoir des consignes sur l'enseignement de l'amazigh «comme outil d'enseignement». La loi accordait donc la prérogative de la décision de l'enseignement de la langue amazighe aux «autorités pédagogiques régionales», c'est-à-dire les académies et les délégations du ministère de l'Éducation nationale (MEN). Les objectifs pédagogiques visaient, pour le moment, l'assimilation linguistique à l'arabe. Cependant, l'enseignement de l'amazigh pouvait être autorisé «comme matière» à raison de trois heures par semaine. En fait, ce sont les forces conservatrices arabisantes et islamistes qui ont réussi à imposer leur vision réductrice en privant la langue amazighe du soutien institutionnel qu'aurait pu lui apporter, avec un peu de bonne volonté, la Charte nationale d'éducation et de formation.

- L'Institut royal de la culture amazighe (IRCAM)

C’est avec la promulgation en 2001 du dahir n° 1-01-299 portant création de l'Institut royal de la culture amazighe (IRCAM) qu'a commencé la reconnaissance officielle de l’amazighité du Maroc. C'était une reconnaissance qui ne répondait que partiellement aux attentes des militants amazighs qui désiraient passer du statut de fait informel à un statut de jure, lequel serait censé garantir à l'amazigh la protection juridique nécessaire à son épanouissement dans tous les domaines de la vie publique. Sans satisfaire entièrement les attentes du mouvement amazigh, la création de l’IRCAM constituait à l'époque un acquis considérable pour les berbérophones qui se sont vu accorder une institution scientifique pour favoriser la recherche sur tous les aspects de leur  langue et de leur culture.

L'article 3 du dahir n° 1-01-299 portant création de l'Institut royal de la culture amazighe pouvait ressembler à des vœux pieux:

Article 3 

Pour remplir les missions générales qui lui sont imparties à l'article 2 ci-dessus, l'Institut est chargé des actions et activités suivantes qu'il réalise en application des programmes approuvés conformément à l'article 7 ci-après :

1. Réunir et transcrire l'ensemble des expressions de la culture amazighe, les sauvegarder, les protéger et en assurer la diffusion;

2. Réaliser des recherches et des études sur la culture amazighe et en faciliter l'accès au plus grand nombre, diffuser les résultats et encourager les chercheurs et experts dans les domaines y afférents;

3. Promouvoir la création artistique dans la culture amazighe afin de contribuer au renouveau et au rayonnement du patrimoine marocain et de ses spécificités civilisationnelles;

4. Étudier la graphie de nature à faciliter l'enseignement de l'amazigh par :

- La production des outils didactiques nécessaires à cette fin, et l'élaboration de lexiques généraux et de dictionnaires spécialisés,
- L'élaboration des plans d'actions pédagogiques dans l'enseignement général et dans la partie des programmes relative aux affaires locales et à la vie régionale,

Le tout en cohérence avec la politique générale de l'État en matière d'éducation nationale;

5. Contribuer à l'élaboration de programmes de formation initiale et continue au profit des cadres pédagogiques chargés de l'enseignement de l'amazigh et des fonctionnaires et agents qui, professionnellement sont amenés à l'utiliser, et d'une manière générale, pour toute personne désireuse de l'apprendre;

6. Aider les Universités, le cas échéant, à organiser les Centres de recherche et de développement linguistique et culturel amazigh et à former les formateurs;

7. Rechercher les méthodes de nature à encourager et renforcer la place de l'amazigh dans les espaces de communication et d'information;

8. Établir des relations de coopération avec les institutions et établissements à vocation culturelle et scientifique nationaux et étrangers poursuivant des buts similaires.

Néanmoins, un budget de sept millions de dollars a été alloué à l’IRCAM afin de «sauvegarder et […] promouvoir la langue et la culture amazighes dans toutes ses formes et expressions» (IRCAM, 2008). Selon l'IRCAM), les langues arabe et amazighe devraient être traitées sur un même pied d'égalité, dans le cadre d'une approche globale tenant en compte la diversité linguistique et culturelle au Maroc, conformément aux dispositions de la nouvelle Constitution de 2011.

La création de l'IRCA était une arme à deux tranchants. D'une part, cette institution favorisait la recherche universitaire, d'autre part, elle réduisait l'amazigh à un objet d’érudition déconnectée de la société. L’État marocain pouvait ainsi procéder à une reconnaissance résolument «folklorique» de la langue amazighe.

- L'écriture tifinagh

La question de l'origine du tifinagh est controversée au Maroc. Le tifinagh descendrait du libyque (ancienne écriture libyenne), bien que son évolution exacte ne soit pas claire. Le tifinagh est l’un des plus anciens alphabets méditerranéens, peut-être issu du tronc phénicien punique, dont dérivent également les ensembles gréco-latin, araméen et arabe, mais développés séparément. Plus précisément, l'écriture tifinaghe est vieille de 3000 ans et elle a été utilisée pour des besoins décoratifs et artistiques en Égypte, au Niger, au Mali, au Burkina Faso et aux îles Canaries.

L’alphabet tifinagh comporte 33 lettres et ne représente aucune des données phonétiques d'un idiome particulier (tarifit, tamazight et tachelhit), car il est conçu pour écrire l’amazigh standard. La particularité de cet alphabet est de neutraliser dans la langue écrite les traits phonétiques à caractère particulier. Le sens de la lecture et l’écriture tifinagh est orienté vers la droite.

Toutefois, les Berbères ne sont pas tous d'accord sur la graphie tifinagh, laquelle serait partiellement à base d'alphabet arabe. Ainsi, l'Association tamazgha accuse l'IRCAM de «complot visant à freiner l'usage de la graphie gréco-latine largement diffusée». Il s'agirait d'une «stratégie pour propulser l'usage de la graphie arabe, en vue de l'imposer par l'usage».

Le roi Mohammed VI a donné son approbation à la proposition de l’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM) concernant l’adoption de la graphie tifinaghe (tifinak ou tifinar) pour l’enseignement de l’amazigh dans ses trois variétés (tarifit, tamazight et tachelhit). C'est en février 2003 que le Conseil d’administration de l’IRCAM a décidé de choisir le tifinagh parmi trois types d'alphabets candidats (le tifinagh, le latin et l'arabe) comme graphie à adopter pour enseigner l’amazighe dans les écoles primaires. Accueilli positivement par la majorité écrasante des composantes du Mouvement culturel amazighe, ce choix semble avoir mis fin à un débat houleux et polémique visant «à priver la langue amazighe de sa propre écriture».

Les réactions furent vives au point où l'on a parlé de «guerre des graphies». Les partisans de l'alphabet arabe souhaitaient voir s’inscrire l’amazigh dans un contexte arabo-musulman national. Les tenants de la graphie latine, pour leur part, prônaient une ouverture sur la culture universelle et moderne. Quant à la graphie tifinagh, elle était considérée comme l'incarnation d'une certaine neutralité, tout en conservant une dimension historique authentique. Le choix officiel de la graphie tifinagh fut très politisé au Maroc, comme aulleurs. À l’heure actuelle, la totalité des travaux universitaires relatifs à la langue amazighe ont été menés sur la base de la transcription latine.

Dans un contexte où l'arabisation est une affaire d'État et où l'amazigh a longtemps été combattu par l'État, l'usage de la graphie arabe jouerait en faveur de l'arabisation. Pour l'Association Tamazgha, il ne faudrait pas voir dans l'adoption de la graphie tifinagh un geste en faveur de l'amazigh. Pour certains, le choix de la graphie tifinagh aurait pour principal effet de retarder, voire compromettre l’introduction des langues berbères dans le système d'éducation, puisque, répétons-le, la grande majorité des travaux universitaires relatifs à ces langues ont été menés sur la base de la transcription latine. Finalement, est-ce un choix pertinent du tifinagh, alors que l'alphabet latin, déjà connu, aurait pu faire l'affaire?  Alors que la Kabylie algérienne a opté, depuis longtemps, pour l'alphabet latin, mais la région des Aurès au nord-est de l'Algérie, celle des Chaouis, utilise l'alphabet arabe, les Touaregs du Sud ont choisi le tifinagh.

6.3 L'enseignement limité de l'amazigh

En 2003, l’Institut royal de la culture amazighe et le ministre de l’Éducation nationale se sont entendus pour définir le cadre général de coopération entre les deux institutions et la signature d’une entente globale concernant l’intégration de l’amazigh dans le système d'éducation. Une commission mixte, chargée de traiter les aspects pédagogiques et techniques de cet enseignement, a été instituée. Par la suite, certaines mesures ont été prises, notamment :  

1) de commencer l’enseignement de l'amazigh dans la première année du primaire à partir de septembre 2003, au sein d’un échantillon d’écoles;
2) de préparer un plan de formation fixant les programmes et les méthodes d'encadrement à l'intention des enseignants, des directeurs et des inspecteurs;
3) de préparer le programme de l'amazigh pour les différents niveaux et cycles éducatifs;
4) de réaliser une étude de terrain dans les écoles, faisant partie de l’échantillon, qui commenceront à enseigner l’amazigh, dans le but de définir les compétences des enseignants, leurs besoins et leur degré de motivation;
5) de préparer les outils didactiques nécessaires à la réalisation d’un enseignement moderne pour l’amazigh.

La généralisation dans l'enseignement était prévue pour 2013; même les arabophones devraient recevoir un enseignement de cette langue en raison de trois heures hebdomadaires. Du moins, c'est que prévoyait le Guide de l’enseignement de la langue amazighe, élaboré en 2003, mais il existe des différences entre le rêve et la réalité.

De plus, quelque 5000 enseignants et 300 inspecteurs auraient suivi des cours de formation en langue amazighe, ce qui devait permettre d'augmenter le nombre des élèves de 500 000 à un million par année. Du moins c'est ce que qu'avait prévu et croyait le ministère de l'Éducation nationale. Cependant, la réalité a contredit tous ces bons vœux.

- Entre le rêve et la réalité

En 2010, Mme Latifa Labida, alors secrétaire d’État chargée de l’enseignement scolaire, affirmait : «Le nombre d’établissements qui enseignent la langue amazighe s’élève à près de 4000 et les bénéficiaires, au titre de l’actuelle rentrée scolaire, à quelque 600 000 élèves.» Cependant, l’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM) et l’Observatoire amazigh des droits et des libertés ont aussitôt mis en doutent cette affirmation officielle.

Un chercheur auprès du Centre pédagogique et didactique de l’IRCAM, Khalafi Abdeslam, considérait que la généralisation de l'amazigh paraissait difficile à atteindre, pour ne pas dire impossible : «À prendre en considération le rythme actuel de développement de l’enseignement de l’amazigh de 1,5 %, il nous faudra encore 70 ans pour généraliser la langue amazighe au moins au niveau primaire.»  C'est pourquoi M. Khalafi Abdeslam croyait qu'on était loin de la coupe aux lèvres dans la généralisation effective de l’enseignement de l’amazigh. Ainsi, sept ans après son lancement par le roi du Maroc, l'enseignement de l'amazigh (et ses variétés) demeurait encore absent des collèges et des lycées, alors que sa généralisation était prévue pour 2020. Cette année-là, l'enseignement de l'amazigh n'atteignait que 14 % des élèves du primaire.

Dans la situation actuelle, il est clair que l'introduction de l'amazigh à l'école primaire ne constitue qu'un moyen pédagogique destiné à mieux enseigner l'arabe par la suite aux enfants berbérophones. Évidemment, la réforme de l’enseignement supérieur ne réserve aucune place à l’amazigh dans les universités. La réalité est que le ministère de l'Éducation nationale n'a rien fait depuis 2003 pour améliorer la situation de la langue amazighe dans les écoles.   

C'est pourquoi l’IRCAM recommandait en juillet 2010 que l'enseignement de l'amazigh devienne obligatoire, et qu'il soit généralisé sur tous les niveaux et dans toutes les régions du Maroc, et pour tous les Marocains. L'Institut recommandait aussi de standardiser la langue amazighe avec son alphabet tifinagh. Au besoin, il conviendrait même d'enseigner les variétés berbères dans certaines régions au lieu de l'amazigh normalisé. De plus, le gouvernement marocain devrait procéder à une refonte sérieuse des programmes d'histoire en vigueur dans les établissements d'enseignement. On accuse les programmes actuels de falsifier l'histoire du Maroc, en éliminant toute allusion à la berbérité. L'IRCAM estime que l’origine de cette marginalisation de l'amazigh se trouve dans l’histoire du nationalisme marocain qui cherche dans l’arabisme sa patrie de référence identitaire. Bref, malgré les différentes circulaires ministérielles concernant l'amazigh, cet enseignement se trouve présentement en situation de blocage total.

Pour sortir de cette situation sans issue, il fallait le plus tôt possible actualiser les autres textes juridiques afin de les harmoniser avec les exigences de la Constitution de 2011, sans oublier de leur mise en application aux niveaux national, régional, provincial et local, et de garantir les ressources humaines qualifiées (enseignants, inspecteurs et formateurs), ce qui inclut une augmentation des budgets alloués à l'éducation. Bref, il y avait encore beaucoup de travail à faire.

6.4 La législation actuelle

Rappelons d'abord cet article 5 de la Constitution concernant l'amazigh:

Article 5

[...]

L’amazigh est également une langue officielle de l’État, en tant que patrimoine commun de tous les Marocains sans exception.

Une loi organique définira les étapes de la mise en œuvre du statut officiel de l’amazigh et les modalités de son intégration dans l’éducation et les domaines prioritaires de la vie publique, afin qu’il puisse pleinement remplir sa fonction de langue officielle.

Tout aussi importants, les articles de la Loi organique n° 26-16 sur la langue amazighe (2019) concernant l'enseignement de cette langue:

Article 3

L’enseignement de la langue amazighe est un droit pour tous les Marocains sans exception.

Article 4

L’autorité gouvernementale chargée de l’éducation, de la formation et de l’enseignement supérieur, en coordination avec le Conseil national des langues et de la culture marocaine et le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique, œuvre à la prise des mesures nécessaires pour permettre l’intégration de la langue amazighe de manière progressive dans le système de l’éducation et de la formation dans les secteurs public et privé.

À cet effet, la langue amazighe est enseignée de manière progressive dans tous les niveaux de l’enseignement préscolaire, primaire, secondaire collégial, secondaire qualifiant et de formation professionnelle. Elle doit être généralisée, de la même manière, aux niveaux de l’enseignement secondaire collégial et qualifiant.

Article 5

Afin de prendre en considération les particularités régionales, les diverses expressions linguistiques amazighes couramment utilisées dans certaines zones dans les régions du Royaume peuvent être adoptées, en parallèle avec la langue arabe, pour dispenser plus facilement certaines matières d’enseignement dans le cycle d’enseignement préscolaire et primaire au sein des établissements d’enseignement se trouvant dans lesdites zones.

Il faut surtout retenir que «la langue amazighe est enseignée de manière progressive dans tous les niveaux de l’enseignement», sans que cette progression soit quantifiée. Les articles 6 à 8 de la Loi organique n° 26-16 sur la langue amazighe semblent s'apparenter à des considérations générales:

Article 6

Des filières de formation et des modules de recherche spécialisés dans la langue et la culture amazighes peuvent être créés, conformément à la législation et la réglementation en vigueur, au niveau des établissements d’enseignement supérieur.

La langue amazighe est adoptée dans les instituts de formation des ressources humaines pour le compte des administrations publiques.

Article 7

La langue amazighe est intégrée dans les programmes de lutte contre l’analphabétisme et d’enseignement non formel.

Article 8

Il est tenu compte, dans l’élaboration des curricula, des programmes et des manuels scolaires d’enseignement de la langue amazighe, des diverses expressions linguistiques amazighes couramment utilisées dans les différentes zones du Royaume.

Il est tenu compte des divers composants de la culture amazighe, tant matériels qu’immatériels, dans l’élaboration des curricula, des programmes et des manuels scolaires.

- L'enseignement préscolaire

Quant à la Loi n° 05.00 sur le statut de l'éducation préscolaire (2000), l'arabe demeure bien prioritaire pour les enfants, «tout en les initiant à l'amazigh ou à tout autre dialecte local afin de faciliter leur transition vers la lecture et l'écriture»: 

Article 1

L'éducation préscolaire désigne l'étape scolaire offerte par les institutions accueillant des enfants âgés de quatre à six ans.

L'éducation préscolaire vise à garantir l'égalité des chances pour tous les enfants marocains d'accéder à l'éducation, à favoriser leur développement physique, mental et affectif, et à promouvoir leur autonomie et leur socialisation à travers :

- L'enseignement de passages choisis du Saint Coran aux enfants musulmans marocains ;
- L'apprentissage des principes de la foi islamique et de ses valeurs éthiques ;
- L'apprentissage des valeurs nationales et humaines fondamentales ;
- Le développement de leurs capacités sensori-motrices, spatio-temporelles, symboliques, imaginatives et expressives ;
- L'exercice d'activités pratiques et artistiques ;
-
La préparation des enfants à l'apprentissage de la lecture et de l'écriture en arabe par le développement de leur expression orale, tout en les initiant à l'amazigh ou à tout autre dialecte local afin de faciliter leur transition vers la lecture et l'écriture.

- La principale langue d'enseignement

La Loi n° 59.21 sur l'enseignement scolaire (2025) est révélatrice parce que «l'arabe demeure la langue d’enseignement principale à tous les niveaux scolaires», mais l'amazigh sera progressivement introduit dans l'enseignement:

Article 5

Outre les orientations suivies dans le domaine de l'éducation scolaire, ses principaux choix sont les suivants :

[...]

- Poursuivre le développement des programmes de soutien scolaire afin de garantir l’apprentissage tout au long de la vie et de contribuer à l’éradication de l’illettrisme ;

- Établir un cadre linguistique issu des orientations stratégiques de l’État en matière de politique linguistique, notamment en ce qui concerne la préservation et le développement des langues arabe et amazighe, et faciliter l’apprentissage et la maîtrise des langues étrangères les plus parlées ;

Article 74

L’approche linguistique appliquée dans l’enseignement scolaire repose principalement sur les principes suivants :

1. Assurer l’enseignement en arabe et en amazigh, les deux langues officielles de l’État. L’arabe demeure la langue d’enseignement principale à tous les niveaux scolaires. Introduire progressivement l'amazigh dans l’enseignement primaire, y compris en maternelle, en vue de sa généralisation à terme à tous les niveaux d’enseignement, conformément aux dispositions législatives et réglementaires applicables.

2. Diversifier les langues d’enseignement par l’adoption progressive du multilinguisme et de l’alternance linguistique, dès l’enseignement primaire, y compris en maternelle, en utilisant les langues étrangères les plus répandues et les plus bénéfiques pour l’apprenant, selon un calendrier défini par la réglementation.

Quant à la Loi-cadre n° 51-17 relative au système d’éducation, de formation et de recherche scientifique (2019), elle reprend le principe que l'arabe est la« langue principale d’enseignement», mais les établissements d'enseignement étrangers doivent «enseigner la langue arabe et la langue amazighe à tous les enfants marocains qui y poursuivent leurs études»:

Article 31

L’ingénierie linguistique adoptée détermine les éléments de la politique linguistique suivie dans les composantes et niveaux du système d’éducation, de formation et de recherche scientifique.

À cet effet, l’ingénierie linguistique adoptée dans les curriculums, les programmes et les formations doit être fondée sur les principes suivants :

• la mise en avant du rôle fonctionnel des langues adoptées dans l’école dont l’objectif consiste à consolider l’identité nationale, permettre à l’apprenant d’acquérir les connaissances et les compétences, de s’épanouir dans son environnement local et universel et de garantir son insertion socio-économique et culturelle ainsi que son adhésion aux valeurs ;

la maîtrise, par l’apprenant, des deux langues officielles et des langues étrangères, notamment dans les spécialités scientifiques et techniques, dans le respect des principes d’équité et d’égalité des chances ;

l’adoption de la langue arabe comme langue principale d’enseignement et le développement à l’école de la position de la langue amazighe, langue officielle de l’État et patrimoine commun de tous les Marocains sans exception, et ce, dans un cadre d’action national clair et cohérent avec les dispositions de la Constitution ;

• la mise en place progressive et équilibrée du plurilinguisme permettant à l’apprenant titulaire du baccalauréat
de maîtriser les langues arabe et amazighe et d’être capable d’utiliser au moins deux langues étrangères ;

• la mise en œuvre du
principe de l’alternance linguistique dans l’enseignement tel que prévu à l’article 2 ci- dessus ;

la préparation des apprenants à la maîtrise des langues étrangères à un âge précoce et le développement de leur aptitude à une acquisition fonctionnelle de ces langues et ce, dans un délai maximum de six ans à compter de la date d’entrée en vigueur de la présente loi-cadre.

Les établissements étrangers d’éducation exerçant leur activité au Maroc sont tenus d’enseigner la langue arabe et la langue amazighe à tous les enfants marocains qui y poursuivent leurs études, à l’instar des matières qui leur font connaître leur identité nationale, sous réserve des stipulations des conventions internationales bilatérales conclues par le Royaume du Maroc relatives au statut desdits établissements.

Cependant, le document le plus pertinent et le plus important demeure la Vision stratégique de la réforme 2015-2030. Ce document est élaboré par le Conseil supérieur de l'Éducation, de la Formation et de la Recherche scientifique Maroc. Il sert de fondement et de boussole pour la refonte complète du système d'enseignement du pays.

Directement inspiré par la Loi-cadre n° 51-17 relative au système d’éducation, de formation et de recherche scientifique (2019), le document donne un caractère obligatoire et pérenne aux réformes pédagogiques au-delà des changements de gouvernement. L'enseignement de la langue amazighe est devenu obligatoire dans l'enseignement primaire au Maroc. Bien qu'instauré progressivement depuis 2003, son caractère obligatoire a été renforcé pour atteindre une plus large couverture avec un objectif de généralisation complète dans le système éducatif d'ici 2030. Plus précisément, l'amazigh est une matière obligatoire destinée à l'ensemble des élèves du cycle primaire, qu'ils soient issus de milieux berbérophones ou arabophones.

- La refonte du système d'éducation

L'article 86 de la Vision stratégique de la réforme 2015-2030 décrit bien le caractère obligatoire de quatre langues d'enseignement au primaire:

86. Le dispositif linguistique proposé, dont la mise en œuvre devra démarrer à court terme, se décline, selon les différents cycles du système d’éducation et de formation, comme suit :

a. Le préscolaire

• Mise en valeur et utilisation des premiers acquis linguistiques et culturels de l’enfant et familiarisation avec la langue arabe et la langue française.

• Focalisation sur la communication orale compte tenu de la nature de ce cycle d’enseignement.

b. L’enseignement primaire

• La langue arabe : obligatoire à tous les niveaux de ce cycle, en tant que langue enseignée et langue d’enseignement de toutes les matières.

La langue amazighe : obligatoire à tous les niveaux de ce cycle, en tant que langue enseignée. Les deux premières années d’apprentissage de cette langue seront axées sur les compétences de communication, avant d’entamer, durant les années suivantes, l’intégration de l’écrit.

• La langue française : langue obligatoire à tous les niveaux de ce cycle, en tant que langue enseignée.


La langue anglaise : intégration en tant que langue enseignée à la 4e année du cycle primaire. La mise en œuvre de cette orientation devra se réaliser à la fin des dix prochaines années. Ce délai permettra de réunir les préalables nécessaires en matière de ressources humaines et d’outils pédagogiques.

Le document ministériel Vision stratégique de la réforme prévoit aussi un enseignement obligatoire au secondaire pour l'arabe, le français et l'anglais, avec une généralisation progressive de l'amazigh:

c. L’enseignement collégial

La langue arabe : obligatoire à tous les niveaux de ce cycle, langue enseignée et langue principale d’enseignement.

• Généralisation progressive de l’enseignement de la
langue amazighe.

La langue française : langue obligatoire à tous les niveaux de ce cycle en tant que langue enseignée, et, à moyen terme, en tant que langue d’enseignement de certains contenus ou modules.

La langue anglaise : langue obligatoire à tous les niveaux de ce cycle en tant que langue enseignée. La mise en œuvre démarrera à court terme et sera généralisée à moyen terme. Ce délai permettra de réunir les prérequis nécessaires en matière de ressources humaines et d’outils pédagogiques.

d. L’enseignement secondaire qualifiant

La langue arabe : langue obligatoire, langue enseignée et langue principale d’enseignement.

• Généralisation progressive de l’enseignement de la langue amazighe.

La langue française : langue obligatoire en tant que langue enseignée et en tant que langue d’enseignement de quelques contenus ou modules à court terme.

La langue anglaise : langue obligatoire en tant que langue enseignée et en tant que langue d’enseignement de quelques contenus ou modules à moyen terme.

• Création de branches spécialisées dans les langues (littérature, culture et civilisation).

• Introduction d’une troisième langue étrangère obligatoire, au choix, notamment l’espagnol, en veillant à tenir compte des spécificités et besoins régionaux en matière de langues.

Sur le plan juridique, l'enseignement de l'amazigh est rendu obligatoire dans tous les cycles scolaires — y compris le secondaire collégial et qualifiant — par la Loi organique n° 26-16 sur la langue amazighe. Cependant, dans la réalité du terrain, sa généralisation se fait de manière progressive et se concentre en priorité sur l'enseignement primaire à l'horizon 2030, ce qui fait que son application effective au secondaire varie encore fortement selon les régions.

En ce qui a trait à l'enseignement supérieur, la Loi n° 01-00 portant organisation de l'enseignement supérieur (2000) ne propose que des études et des recherches sur la langue et la culture amazigh ainsi que la maîtrise des langues étrangères:

Article 1er

L'enseignement supérieur, objet de la présente loi, est fondé sur les principes suivants :

•  Il est offert dans le cadre du respect des principes et valeurs de la foi islamique qui président à son développement et à son évolution.

•  Il est ouvert à tous les citoyens remplissant les conditions requises sur la base de l'égalité des chances.

•  Il est exercé selon les principes des droits de l'Homme, de tolérance, de liberté de pensée, de création et d'innovation, dans le strict respect des règles et des valeurs académiques d'objectivité, de rigueur scientifique et d'honnêteté intellectuelle.

•  Il relève de la responsabilité de l'État qui en assure la planification, l'organisation, le développement, la régulation et l'orientation selon les besoins économiques, sociaux et culturels de la Nation, qui en définit la politique nationale avec le concours de la communauté scientifique, du monde du travail et de l'économie ainsi que des collectivités locales et particulièrement des régions.

 Il œuvre à la poursuite du développement de l'enseignement en langue arabe dans les différents domaines de formation, à la mobilisation des moyens nécessaires aux études et à la recherche sur la langue et la culture amazigh et à la maîtrise des langues étrangères, et ce, dans le cadre d'une programmation définie pour la réalisation de ces objectifs.

Néanmoins, sur le terrain, il existe des études supérieures en amazigh au Maroc. Plusieurs universités publiques proposent des programmes dédiés à la langue et à la culture amazighes, incluant des licences, des ''masters'' et des parcours spécialisés en éducation pour former les futurs enseignants. Des filières en études amazighes sont offertes dans plusieurs facultés, comme à l'Université Ibn Zohr d'Agadir, à l'Université Sidi Mohamed Ben Abdallah à Fès, et à l'Université Abdelmalek Essaadi à Tétouan. Des licences spécialisées en éducation pour l'enseignement primaire en option langue amazighe sont implantées dans des écoles normales et supérieures (comme à Rabat et Oujda). Les cycles complets mènent de la licence (3 ans) au ''master'' (2 ans) et au doctorat (3 ans). L'objectif du ministère de l'Éducation est d'accélérer le recrutement et les sessions de formation continue pour atteindre toutes les écoles primaires d'ici 2030.

6.5 Les freins à la généralisation de l'amazigh

En juillet 2026, une étude du chercheur Yassine Boussagui de l'Université Ibn Zohr d'Agadir et intitulée ''Amazigh Language Teaching in Morocco'' a été publiée dans une revue scientifique Tamazgha Studies Journal. Reda Berrada en fait un résumé dans le journal Médias 24.

- Un enseignement limité

À compter de l’année scolaire 2023-2024, l’enseignement de la langue amazighe au primaire devait connaître sa première phase de généralisation progressive dans le cycle primaire. Officialisé en 2011 et introduit en 2003, l'amazigh n'était enseigné que dans 31 % des écoles primaires en 2024. Plus de vingt ans après son introduction dans les écoles marocaines, l'enseignement de l'amazigh semble entravé par des tergiversations politiques et des blocages bureaucratiques. L'auteur de l'étude, Yassine Boussagui, attribue cette stagnation à des «atermoiements politiques et des blocages bureaucratiques de l'État». Or, cet enseignement devait être enseigné à tous les élèves, berbérophones comme arabophones, mais il n'a jamais été conçu comme langue d'enseignement. De plus, le programme initial devait unifier progressivement le tarifit, le tamazight et le tachelhit selon une norme commune avant d'être généralisé dans les écoles.

Le Lycée collégial Ennakhil (الثانوية الإعدادية النخيل) est un établissement d'enseignement secondaire collégial public (premier cycle du secondaire de trois ans) à Marrakech.

L'étude révèle qu'en 2009-2010 l'amazigh n'était enseigné que dans 26% du total des 5431 écoles primaires, et ce, avec d'énormes disparités: 67% à Meknès, 56% dans le Sous-Massa, contre 1% à Tanger, 2%? à Doukkala et 3 % dans le Gharb et la Chaouia. Par ailleurs, la continuité d'une classe à l'autre  s'est révélée encore plus faible. En 2008-2009, si 186 983 élèves étudiaient en amazigh en première année, ils n'étaient plus que 15 008 en sixième année. L'année suivante, seuls 14,97% bénéficiaient de cet enseignement. En résumé, 90% des élèves ne reçoivent pas un enseignement continu de l'amazigh de la première à la sixième année.

- Le confinement au primaire

Le fait que l'enseignement de l'amazigh reste confiné au premier cycle de l’école primaire ne correspond guère une reconnaissance réelle de cette langue. Pire, selon l’IRCAM, la langue soit que l'amazigh n’y est pas enseignée du tout, soit qu'elle est enseignée uniquement au niveau de la première et de la deuxième année, soit qu'elle est enseignée de façon interrompue. Au Maroc, l'enseignement de l'amazigh correspond en fait à «l'éducation bilingue» telle qu'elle est pratiquée aux États-Unis pour les nouveaux immigrants. Il s'agit d'une phase de transition, strictement temporaire (trois ans), destinée à alphabétiser les minorités dans leur langue avant de passer à l'anglais ou, dans ce cas du Maroc, à l'arabe.

- Les réticences des berbérophones

On peut affirmer que le fait de ne pas tenir compte du point de vue des populations locales condamne l'ensemble de toute politique linguistique à l'échec. Pour qu'une politique réussisse, il paraît nécessaire de prendre en considération les attitudes et les croyances des gens concernés. Dans une étude de Yassine Boussagui en 2025, les répondants à l'affirmation «Je suis d'accord avec le caractère obligatoire de l'enseignement de l'amazigh par des locuteurs natifs», les résultats montrent la réticence des répondants amazighophones et darijaophones (locuteurs de l'arabe marocain) à rendre obligatoire l'apprentissage de l'amazigh à l'école au Maroc:

Je suis d'accord avec le caractère obligatoire de l'enseignement de l'amazigh par des locuteurs natifs

Degré Répondants amazighophones Répondants darijaophones
Tout à fait d'accord   3,07 %   7,50 %
D'accord   4,61 % 12,50 %
Neutre 26,15 % 33,33 %
En désaccord 32,31 % 20,17 %
Fortement en désaccord 24,62 % 14,17 %
Sans réponse   9,23 %    3,33 %

Seulement 7,68% des élèves seraient d'accord pour que cet enseignement soit obligatoire. Au total, 56,93 % des répondants amazighophones – soit plus que les répondants darijaophones (34,34 %) – refusent que l'enseignement de l'amazigh soit obligatoire dans les écoles du Maroc; ils préféreraient donc que cet enseignement soit facultatif. Paradoxalement, les répondants amazighophones se disent favorables à l'enseignement de l'amazigh, mais contre son caractère obligatoire (56,93%) dans le but de revitaliser la langue. Plus révélateur encore est le nombre élevé d'étudiants amazighophones se déclarant «fortement en désaccord» avec l'enseignement obligatoire (24,62%)contre seulement 14,17 % chez les étudiants de langue darija (arabe marocain).

En fait, les jeunes berbérophones sont favorables à l'enseignement de la langue amazighe à condition qu'il ne soit pas obligatoire. L'attitude ambivalente des berbérophones à l'égard de l'enseignement de leur langue est très révélatrice parce qu'elle témoigne d'un conditionnement linguistique qui a certainement eu pour effet de déterminer le type de statut linguistique de l'amazigh au Maroc. Depuis l'indépendance du pays en 1956, la politique linguistique des arabophones a été de marginaliser les berbérophones et de dévaloriser leur langue dans la société marocaine. Sept décennies plus tard, beaucoup de jeunes croient que leur langue est inutile pour trouver un emploi et qu'il vaut mieux apprendre le français.

Pour réussir à implanter l'amazigh dans la société, il faut tout d'abord changer les attitudes négatives envers cette langue et envers les locuteurs eux-mêmes de cette langue. À défaut d'un changement structurel qui corrige les mécanismes de marginalisation mis en place depuis des décennies, il est peu probable que les Marocains berbérophones et arabophones soient disposés à abandonner leur indifférence face à tout ce qui est amazigh. Par ailleurs, la valeur instrumentale attribuée aux autres langues parlées dans la société (arabe marocain, français et anglais) et l'absence de cette valeur pour l'amazigh pourraient expliquer leur refus de l'enseignement obligatoire de leur langue maternelle. Pour le moment, les citoyens ordinaires soutiennent l'enseignement de leur langue maternelle dans la mesure où ils peuvent affirmer leur identité amazighe. C'est insuffisant à valoriser une langue.

- Les enseignants

Un autre problème concerne les enseignants. Le chercheur de l'Université Ibn Zohr d'Agadir, Yassine Boussagui, relève qu'environ 6000 des 11 000 enseignants formés en enseignement de l'amazigh avaient été réaffectés à d'autres matières. Dans la direction provinciale d'Agadir Ida-Outanane, 35 enseignants qualifiés exerçaient encore en 2015-2016, contre cinq seulement l'année suivante. En outre, le dispositif ne comptait que 16 inspecteurs et formateurs spécialisés à l'échelle nationale; le nombre de formateurs en amazigh dans les centres régionaux était tombé de 60 en 2009 à 17 en 2015.

Des classes ont aussi été supprimées et des enseignants réaffectés à l'arabe ou au français, notamment à Rabat, à Tinghir et à Chtouka Ait Baha. L'étude reconnaît la réalité des difficultés pédagogiques. Au début du programme, certains enseignants volontaires, parfois non amazighophones, n'avaient reçu que trois jours à deux semaines de formation pour enseigner une langue et l'alphabet tifinagh qu'ils ne maîtrisaient pas. Mais ces insuffisances relèvent elles-mêmes, selon l'auteur, de l'improvisation institutionnelle. Le dernier chiffre national repris dans l'article remonte au 8 janvier 2024 : l'amazigh était alors enseigné dans 31% des écoles primaires. Le ministère avait annoncé une couverture de 5096 en 2025-2026 et une généralisation en 2029-2030, mais sans présenter, selon le chercheur, de calendrier opérationnel suffisamment détaillé.

Au final, peu d'enseignants sont vraiment qualifiés pour enseigner l'amazigh. Beaucoup n'ont comme formation initiale que la connaissance de leur langue maternelle. Or, pratiquer une langue ne suffit pas toujours pour l'enseigner. Trop d'enseignants ne bénéficient d'aucune formation pédagogique, ce qui diminue considérablement leurs compétences dans l'enseignement. Souvent, la direction scolaire fait appel à des arabophones pour enseigner l'amazigh, ce qui constitue pour eux une langue plus étrangère et plus exotique que le français. On peut se demander comment peut-on enseigner une langue qu’on ignore? De plus, nombreux sont ceux parmi les enseignants arabophones qui n'ont que du mépris pour la langue amazighe. Dans ces conditions, l'enseignement de l'amazigh par des arabophones qui ne connaissent même pas cette langue ne peut conduire qu'à un échec. Enfin, l'IRCAM signale aussi l’absence totale des centres régionaux de formation des enseignants. En effet, dans chaque région, il faudrait des centres spécialisés avec des inspecteurs bénéficiant d'une véritable formation et des départements de langue et de culture amazighes.

- Les manuels scolaires

Les manuels scolaires pour l'enseignement de l'amazigh sont en nombre insuffisant. En réalité, les manuels sont généralement introuvables sur le marché, faute d'être distribués. Quand les livres publiés par l'IRCAM finissent par arriver entre les mains des élèves, ils paraissent généralement déconnectés de la vie réelle. On reproche à ces manuels d'être rédigés dans une langue coupée de la pratique des locuteurs, une langue artificielle et déphasée par comparaison à celle qui est parlée dans la vie quotidienne. Les manuels publiés ne semblent pas s'inscrire dans un processus pédagogique destiné à rendre la langue vivante, mais plutôt une langue fabriquée à partir de textes bricolés à la sauvette.

Les manuels scolaires en amazigh Maroc font l'objet de vifs débats pédagogiques et sociolinguistiques au Maroc avec des résultats mêlant à la fois des avancées indéniables et de sérieuses limites sur le terrain. Les manuels sont élaborés principalement sous l'égide de l'Institut royal de la culture amazighe (IRCAM). Or, il existerait un «décalage linguistique» parce que les manuels enseigneraient un «amazigh standard marocain» créé artificiellement, alors que les enfants parlent principalement le tachelhit, le tamazight et le tarifi.

Les enfants se heurtent à un vocabulaire et une syntaxe éloignés de leur variante maternelle parlée à la maison. Selon certains enseignants, la standardisation de l'amazigh intègre des règles de grammaire jugées trop complexes pour des débutants. La langue enseignée n'est pas une langue d'enseignement et l'amazigh demeure cantonné à des cours de langue. Par exemple, les sciences, l'histoire ou d'autres disciplines ne disposent pas de manuels traduits, ce qui limite la portée pratique de cette langue. Enfin, les syndicats et les enseignants pointent du doigt le manque persistant de disponibilité physique de ces manuels dans de nombreuses régions du pays.

- L'alphabet tifinagh

Non seulement, les langues berbères ne sont pas uniformisées, mais l'écriture ne l'est guère davantage. En effet, l'alphabet utilisé par les berbérophones est complexe et fragmenté en trois types d'écriture : l'alphabet latin, l'alphabet arabe et l'alphabet tifinagh. Au Maroc, on a choisi le tifinagh. Pour beaucoup de berbérophones, le choix de l'alphabet tifinagh dans l'enseignement de l'amazigh constituerait une difficulté supplémentaire.

Compte tenu que les élèves marocains apprennent déjà deux alphabets, soit l'alphabet arabe pour l'arabe, soit l'alphabet latin pour le français et l'anglais (espagnol et allemand), l'un des deux aurait pu être adopté pour transcrire l'amazigh. Faire apprendre trois alphabets presque simultanément à de jeunes enfants ne rend pas l'école facile. Pour les enfants et les adultes scolarisés en arabe ou en français, l'apprentissage d'un troisième système graphique demande un effort cognitif supplémentaire.

Le passage des variantes orales régionales (tachelhit, tarifit et tamazight) à un tifinagh institutionnel standardisé (le néo-tifinagh de l'IRCAM à 33 caractères) nécessite une adaptation constante de la part des usagers qui ne parlent pas la norme officielle. Selon certains enseignants, l’État marocain aurait choisi sciemment une graphie singulière qui avait pour objectif inavoué de figer la langue dans un courant traditionaliste sous prétexte d'un attachement affectif au passé. 

- Les réticences des arabophones conservateurs

Sous le règne de Hassan II, la promotion de l'amazigh était perçue comme tabou et réprimée par crainte d'un réveil identitaire perçu comme subversif et nuisant à l'unité nationale. Les islamistes préconisaient une idéologie arabo-musulmane supranationale et voyaient d'un mauvais œil la mise en vigueur d'une identité culturelle et linguistique séculaire ou laïque véhiculée par les berbérophones. Des partis politiques issus du mouvement nationaliste (comme l'Istiqlal) ont longtemps défendu une identité officielle strictement arabo-islamique, car ils percevaient toute revendication amazighe comme une menace pour l'unité nationale ou un facteur de division ethnique.

Il existe encore au Maroc des courants nationalistes pro-arabes, islamistes et conservateurs qui ont manifesté des réticences, voire une véritable opposition face à la promotion et à l'officialisation de la langue amazighe. Ces arabophones conservateurs privilégient la primauté exclusive de l'arabe. Au mieux, ces conservateurs soutiennent le gouvernement uniquement dans la version folklorisante de l'amazigh, laquelle est présentée comme un sous-produit de la culture arabe.

Selon l'IRCAM, les cadres scolaires feraient en sorte de mettre en échec toute possibilité d’un enseignement acceptable et viable de l’amazigh. De nombreux directeurs d'école, généralement des arabophones, n'hésitent pas à refuser l’enseignement de l'amazigh dans leur établissement. Ou bien ils réduisent considérablement les heures qui lui sont consacrées. Rappelons que beaucoup d'arabophones méprisent ouvertement l'amazigh, une langue perçue par eux comme «primitive».

En janvier 2022, le chef du gouvernement annonçait comme une grande nouvelle un budget de 200 millions de Dirhams (environ 20 millions d'euros ou 23,3 millions $ US) pour financer un plan de mise en œuvre du caractère officiel de la langue amazighe. Cependant, ce budget paraît insignifiant si on le compare aux nombreux chantiers qui attendent d’être réalisés (enseignement, justice, administration, culture, médias, plan de rattrapage de développement pour les territoires amazighs marginalisés, etc.). De fait, ce budget ne représente que 0,04% du budget de l’État dont la grande majorité est destinée à la promotion de la culture arabe et au développement du «Maroc utile», soit celui du littoral façade atlantique et des grandes villes arabes.

6.6 Une reconnaissance officielle aux effets limités

Il faut comprendre que «l'attribution d'un statut officiel ne garantit pas l'intégration complète de l'amazigh dans tous les domaines», de noter Yassine Boussagui. De fait, il faut se rappeler d'abord cet article 5 de la Constitution concernant l'arabe et l'amazigh. L'arabe demeure la langue officielle, mais l'amazigh est aussi une langue officielle. Une hiérarchie y est établie, parce que l'arabe est plus officiel que l'amazigh. Pour viser l'égalité, il aurait fallu que cet article soit rédigé de la façon suivante: l'arabe et l'amazigh sont les langues officielles de l'État. Les obligations de l'État sont énoncées dans la Constitution tandis que celles de l'amazigh sont renvoyées à la Loi organique n° 26-16 sur la langue amazighe (2019). En 2013, la loi organique, qui ne sera adopté qu'en 2019, a été classée au 11e rang sur l’échelle des priorités du gouvernement. C'est à se demander si ceux qui ont rédigé la Constitution marocaine de 2011 n'avaient pas en l'esprit de gagner quelques années de plus en faveur de l'arabisation du fait que la loi organique d'officialisation servirait de paravent temporaire pour ne pas intervenir. 

Ce n'est pas tout. Juridiquement parlant, l'arabe demeure «la principale langue d'enseignement», alors que l'amazigh est une «langue enseignée» ou une «matière d'enseignement» et soumise à une «généralisation progressive», sans échéancier précis. Selon l'étude du chercheur de l'Université Ibn Zohr d'Agadir, cette structure consacre une hiérarchie qui place l'arabe, le français et l'anglais au-dessus de l'amazigh.

L'article 5 de la Loi organique n° 26-16 énonce que l'enseignement de l'amazigh doit tenir compte des «particularités régionales» et des «expressions linguistiques amazighes», ce qui n'est pas demandé pour l'arabe. Cela signifie qu'on enseigne un arabe unifié contre un amazigh local plutôt qu'à partir de la norme élaborée par l'IRCAM (Institut royal de la culture amazighe). Selon l'étude de Yassine Boussagui, il s'agit d'une dialectalisation de l'amazigh qui limite forcément sa capacité à exercer sa les fonctions d'une langue officielle unifiée.

Bref, l'échec de la généralisation dans un temps limité et appliquée partout peut avoir pour effet de réduire le nombre de personnes capables de lire et d'écrire l'amazigh. En l'absence de lecteurs, les auteurs, les écrivains et les créateurs auront tendance à délaisser leur langue maternelle au profit d'une langue plus rentable, l'arabe standard écrit et le français.

7 Les médias berbérophones

Selon le classement 2026 de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse, le Maroc se situe au 105e rang sur 180 pays évalués. Bien que la liberté de presse soit reconnue, le journalistes doivent pratiquer l'autocensure sur certains sujets délicats tels le roi, sa famille, la politique marocaine concernant le Sahara occidental, la corruption au sein du gouvernement, les relations militaires avec les États-Unis, etc.

7.1 La presse écrite

Le Maroc ne dispose pas d'un grand nombre de journaux entièrement ou principalement publiés en langue amazighe. Historiquement, seuls quelques titres spécialisés ou associatifs (comme le mensuel militant Le Monde amazigh) ont réussi à s'implanter durablement, tandis que les grands quotidiens nationaux privilégient l'arabe ou le français tout en y intégrant parfois des suppléments culturels. Les rapports officiels passés du ministère de la Communication comptaient une poignée de titres (environ six sur plus de 200) ou des insertions occasionnelles en amazigh. Certains journaux généralistes (comme Bayane Al Youm ou Al Alam) publient régulièrement des pages dédiées à la culture et à la langue amazighes. Dans la presse numérique, quelques sites d'information et portails électroniques proposent des contenus bilingues ou trilingues incluant l'amazigh, bien que leur part reste très faible face aux médias arabophones et francophones

Il y a aussi quelques autres titres, dont des revues à faible tirage, qui paraissent de façon très irrégulière en raison du manque de moyens financiers. Les rares journaux qui paraissent en amazigh ne bénéficient d'aucune aide financière de l'État, alors que des moyens considérables sont requis pour le soutien de la presse arabophone.

Il existe une revue scientifique publiée par l'Institut royal de la culture amazighe (IRCAM): asinag-Asinag. Le terme asinag  est un néologisme dérivé signifiant «institut de recherche». La revue  est dédiée à la promotion de la recherche dans le domaine amazighe, sans a priori théorique ni méthodologique. Malheureusement, cette revue ne touche que quelques milliers d'individus.

7.2 La radio

Le Maroc compte officiellement une grande station de radio publique nationale dédiée à la culture et à la langue amazighe : la Radio Amazigh (Al Idaâ Al Amazighia), rattachée à la SNRT (Société nationale de radiodiffusion et de télévision). De plus, plusieurs stations radios régionales publiques intègrent des émissions en amazigh (tachelhit, tarifit, tamazight) dans les zones d'implantation berbère. La chaîne nationale publique de la SNRT émet 24h/24 en tachelhit, en tarifit et en  tamazight. des radios régionales de proximités publiques (comme à Agadir, Laâyoune ou Al Hoceïma) diffusent aussi des tranches horaires en langue amazighe.

7.3 La télévision

Le Maroc compte une chaîne de télévision publique principale entièrement dédiée à la culture et à la langue amazighe, Tamazight TV (la quatrième chaîne de la SNRT), complétée par des programmes en amazigh diffusés occasionnellement sur d'autres chaînes nationales généralistes comme 2M ou Arrabia. La chaîne publique généraliste de la SNRT lancée en janvier 2010 émet majoritairement en amazigh (tachelhit, tamazight, tarifit et amazigh standard). Il y a des émissions en amazigh sur les autres chaînes 2M, qui intègre des plages horaires et des bulletins d'information en langue amazighe. Arrabia propose également des contenus et des programmes éducatifs comportant des expressions en amazigh.

Les avis au sein de la communauté et du mouvement culturel amazigh au Maroc sont partagés et nuancés concernant les émissions et les missions dévolues à la langue amazighe, notamment sur la chaîne publique Tamazight TV (Canal 8) de la SNRT et l'action de l'IRCAM. Les points d'insatisfaction concernent les plages horaires et la généralisation de la langue. De nombreuses associations estiment que la proportion des programmes en amazigh reste en deçà des attentes par rapport aux médias arabophones de service public. On note aussi les problèmes de standardisation : les discussions persistent sur la difficulté de satisfaire les locuteurs des différentes variétés régionales (tachelhit, tarifit, tamazight) à travers un format standardisé unique. Certains acteurs culturels jugent que les efforts audiovisuels et institutionnels manquent encore d'ambition pour en faire une langue pleinement dominante dans la vie publique et l'éducation de masse.

Pour ce qui est des aspects positifs, la création de la chaîne dédiée en 2010 et l'officialisation constitutionnelle de l'amazigh en 2011 ont donné une visibilité historique à la langue. On remarque aussi des efforts constants pour enrichir les grilles (débats, documentaires, fictions et contenus éducatifs pour enfants). Enfon, on semble apprécier les émissions valorisant le patrimoine oral, les traditions locales et l'histoire des différentes régions.

7.4 Le cinéma berbère

Il existe bien un cinéma amazigh au Maroc. Né au début des années 1990, ce mouvement cinématographique s’exprime principalement en tachelhit et en tarifit, et met en valeur la culture, l'histoire et les traditions des berbérophones. Les premiers films amazighs (souvent sortis en format vidéo) sont apparus au début des années 1990, portés par une volonté de réappropriation culturelle et linguistique en dehors des circuits officiels unilingues. Au fil des ans, le cinéma d'expression amazighe a gagné en qualité technique et narrative, passant de productions modestes à des longs métrages projetés sur grand écran, soutenus en partie par le Centre cinématographique marocain (CCM). Très ancré dans les régions du Souss ou du Rif, le cinéma amazigh sert d'espace de mémoire, de résistance culturelle et de transmission des arts populaires.

La politique linguistique actuelle portant sur l'amazigh n'est plus à l'état embryonnaire au Maroc depuis 2019. D'énormes progrès ont été réalisés, mais la généralisation de l'amazigh dans la société marocaine demeure peu avancée et lente. Les principales revendications du mouvement amazigh au Maroc portent sur la pleine reconnaissance institutionnelle de leur identité, l'enseignement et la généralisation de la langue amazighe, ainsi que le développement équitable des régions rurales berbérophones marginalisées. L'intégration effective de la langue amazighe dans tous les cycles du système d'éducation public est à compléter à un rythme préoccupant. Une autre revendication concerne une présence accrue et de qualité de la culture et de la langue amazighes dans les médias audiovisuels et les institutions de l'État. Quant au développement régional, on demande la fin de la marginalisation économique des zones de montagne et rurales à forte population amazighe au moyen de modèles de développement adaptés.

Il reste encore à harmoniser les lois nationales et les traduire dans la réalité en intégrant l’amazigh dans tous les cycles de l’enseignement, de la maternelle jusqu'à l'université, et aussi employer cette langue dans les administrations locales, les médias et les centres de formation professionnelle. Quand une minorité nationale forme près de 30% de la population d'un pays, il serait non seulement inconvenant de l'ignorer, mais tout à fait inadmissible. Or, toute politique linguistique qui dénie les droits d'une partie importante ses citoyens, 30 % au Maroc, à utiliser leur langue est vouée à l'échec. De plus, il faut que les locuteurs de l'amazigh veuillent sauvegarder leur langue autrement que dans les rapports informels (famille et amis). Ils ne peuvent promouvoir l’apprentissage de la langue maternelle à l’école à condition qu'elle ne soit pas une matière obligatoire. C'est comme si les berbérophones étaient d’accord pour maîtriser leur langue, mais contre l’obligation de l’employer, contre son usage à des fins de favoritisme, de coercition ou de discrimination positive. 

Il y a aussi les militants berbérophones qui ont des convictions profondes. On peut y voir deux forces sociales opposées, l’une arabe, l’autre berbère, mais également des conditions potentiellement porteuses d’un conflit important susceptible de déboucher sur une reconfiguration profonde des données géopolitiques, idéologiques et culturelles au Maroc (comme également en Algérie). Jusqu'à récemment, on pouvait affirmer que tous les États du Maghreb s'étaient donné le mot pour ignorer les droits linguistiques de leur minorité berbérophone, mais l'injustice ne pouvait durer indéfiniment, surtout si une réelle démocratisation voyait le jour dans la région. 

Tant que le Maroc restait incapable d'assumer pleinement sa berbérité, à l'exemple de son arabité, il ne pouvait qu'échouer dans sa politique linguistique. Progressivement, le Maroc est en voie de se défaire de son idéologie exclusivement arabo-islamique qui considère que la diversité linguistique arabo-berbère est un danger pour l'unité nationale et un germe de division, et que seul l'unilinguisme arabe peut être garant de cette unité. Il était temps de garantir un ensemble de droits linguistiques à la minorité berbérophone. Dans les faits, il faut admettre que L'État marocain a tergiversé et temporisé durant trop longtemps, car les élites arabisantes ne pouvaient accepter d'être à la merci des minorités berbères qui partageraient leur pouvoir. L'égalité entre l'arabe et l'amazigh n'est donc pas pour demain, mais la question pourrait bien se régler d'ici quelques années, voire encore quelques décennies. Cependant, dans les conditions actuelles, il est peu probable que le Maroc devienne un véritable «État bilingue», même après 2036, date de l'officialisation terminée. Les arabophones conservateurs vont veiller au grain, eux qui estiment que l'amazigh est seulement une sous-produit de la culture arabe.    

L'État marocain est en train de réviser sa politique à l'égard des langues étrangères, notamment avec le français et l'anglais. Le pluralisme culturel dont a fait preuve le Maroc relève davantage d’une triple identité, à la fois arabo-musulmane, franco-occidentale et berbère, sans oublier les influences andalouses, africaines, méditerranéennes et hébraïques. Or, cette triple identité arabo-musulmane, franco-occidentale et berbère n'est pas encore assumée par la majorité des Marocains arabophones, surtout auprès des dirigeants incrustés dans l'idéologie arabo-musulmane exclusiviste. Au final, plus l'amazigh reprendra son rôle au point de vue juridique, plus celui du français risque aussi de décliner (et c'est déjà commencé), l'État ne peut soutenir dans les faits un trop grand nombre de langues.

Dans un avenir plus ou moins proche, l'arabe marocain (la darija), l'amazigh et le français devraient en arriver à une certaine triglossie, sans que cependant la législation le reconnaisse. Dans les faits, la darija et l'amazigh vont continuer à dominer largement à l’oral, que ce soit dans les échanges personnels ou professionnels, soulignant leur rôle central comme langues du quotidien. À l'écrit, l'amazigh ne pourra concurrencer l'arabe standard, car le français et l'anglais devraient conserver leurs prérogatives.

Dernière mise à jour: 25 août 2026
 
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(1)
Données démolinguistiques

 
(2) Données historiques et conséquences linguistiques (3) La politique d'arabisation

(4)
Les droits linguistiques des berbérophones
 
Sahara occidental (5) Bibliographie

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